Frédérick Ausseil - Cave Péché Divin

Frédérick AUSSEIL, Caviste

Depuis vingt ans, au travers des meilleures tables de la région, Frédérick Ausseil partage sans détours sa passion pour le vin. Avec sa « Cave de Péché Divin », ouverte en 2010, il a su créer un lieu d’échange mais aussi de partage où il livre à qui le souhaite son engouement pour les artisans vignerons qu’il sélectionne avec soin, distillant ici et là aussi un peu de leurs histoires. Il nous livre son ressenti quant à la féminisation du milieu viticole.

 

 

Frédérick, cela fait longtemps que vous évoluez dans ce milieu…

 

Eh bien malheureusement oui ! Ça commence à faire pas mal d’années (Rires).
Depuis 1999. Ma première expérience dans le vin c’était fin 98, au Mas de Saporta. Et puis je suis entré aux Caves Notre Dame. J’y suis resté jusqu’en 2005

Quelle est l’histoire derrière Péché Divin ?

J’ai officiellement ouvert Péché Divin en novembre 2005. À la base, je me suis concentré sur la restauration. Je suis grossiste, j’achète et je revends du vin. Je faisais les cartes des restaurants. Pendant une grosse année, j’ai travaillé seul. Et puis est arrivé Fred, un vieux fidèle parmi les fidèles, un ami à la base. Avec le temps, on a eu besoin d’une vitrine. Beaucoup de clients qui goûtaient nos vins dans les restaurants demandaient où ils pouvaient les acheter. L’opportunité ici s’est présentée. J’ai lancé la cave en 2010.

 

Vingt ans, il y a de quoi avoir un peu de recul sur le milieu. Comment jugez-vous l’évolution de la place des femmes dans le monde du vin ? Cette féminisation dont on parle beaucoup, en avez-vous été témoin ?

 

Quand je suis entré dans le métier, le vin, c’était vraiment un milieu d’hommes. Aujourd’hui, il y a de plus en plus d’intervenants féminins dans les restaurants. Il y a de plus en plus de vigneronnes qui s’installent. De filles, aussi, au sens d’enfants, qui reprennent les exploitations familiales. Il y a des personnalités, comme Anne-Claude Leflaive en Bourgogne par exemple, qui ont insufflé cette dynamique. Dans les écoles hôtelières aussi, il y a de plus en plus de filles, en cuisine ou en sommellerie. Dans les écoles d’œnologie, et ce sont les vigneronnes de demain. La sommelière d’Aponem offre une excellente analyse car c’est une autre vision du vin que celle des hommes. J’ai un certain niveau de connaissance, en vingt ans j’ai fait mon petit chemin… sur le repas, on a dégusté huit vins. J’en connaissais deux… Les accords étaient bluffants ! D’une telle précision ! Souvent, on est sur une étiquette, le vigneron référent. Là, on était sur une expérience, plus simple, sur une approche de cépage, sur une émotion. En fait je pense que les femmes goûtent mieux que les hommes. Elles ont une sensibilité différente.

 

Les femmes auraient-elles un palais plus fin ?

 

Je ne sais pas mais peut-être que les hommes analysent trop en connaissance de cause, on déguste en éliminant les choses. Mais l’approche féminine, elle, est plus délicate. Elle relève davantage du sensible.

 

Les femmes seraient également plus ouvertes au vin nature. Est-ce vrai ?

 

Pas forcément. Nous, sur ces vins, nous avons une clientèle mixte. Par contre, les femmes ont peut-être moins d’a priori. Elles dégustent d’emblée, comme ça vient.

 

Pourquoi le milieu du vin est-il resté très longtemps un milieu d’hommes remplis de stéréotypes ?

 

C’est sûrement culturel et un peu historique. La mécanisation, les désherbants ne sont arrivés que dans les années 60. Pendant des centaines d’années, le métier a demandé une certaine condition physique. On a des outils aujourd’hui qui sont quand même plus confort qu’à l’époque. Mais les femmes ont toujours été là plus ou moins, pendant les vendanges par exemple.

 

Est-ce qu’il y a une femme vigneronne dont vous appréciez le parcours ?

 

Je ne dirais pas que nous avons démarré ensemble, mais presque. Je crois qu’elle a sorti son premier millésime en 2009, c’est Géraldine Laval du Clos Maïa. Elle est passée chez quelques vignerons un peu connus dans la région avant de s’installer. C’est un petit bout de femme avec du caractère qui vient de la Loire car il faut s’imposer quand même dans ce milieu de vignerons. Je l’ai vue s’installer, j’ai vendu ses premiers vins. Je crois qu’il nous reste encore deux trois bouteilles de son 2009. Elle fait des vins qui sont superbes, qui ont justement beaucoup de finesse, beaucoup de droiture. Rien d’ostentatoire.