Le « No Shave » La révolution du poil !

Les femmes en auraient-elles fini avec les diktats de l’épilation ? En 2020, les épisodes de confinement et l’émergence du télétravail les auraient en effet incitées à « libérer » leurs poils. Sans parler des #noshave ou autre #januhairy qui émergent un peu partout sur la toile… 2021 sera-t-elle l’année du « No Shave » ?

 

Jambes velues, sourcils fournis, moustaches duveteuses… Il semblerait que désormais, les femmes soient de plus en plus nombreuses à vouloir laisser la nature reprendre ses droits sous leurs aisselles ou sur leurs gambettes. À l’heure des mouvements tels que le « No Bra », le « No Make-up » ou le « No Poo », serions-nous en train de nous détacher des normes en matière d’épilation ? La réponse est nuancée. Selon une récente étude de l’Ifop*, depuis huit ans, la proportion de femmes ne s’épilant pas ou plus du tout a nettement augmenté. 28 % en 2021, pour 15 % seulement en 2013. Un phénomène qui s’est généralisé et amplifié avec les périodes de confinement. 81 % d’entre elles auraient depuis choisi de ne plus retirer leurs poils aux aisselles et 75 % laissent leur maillot en paix. Une attitude qui serait la conséquence de l’isolement et de l’enfermement des corps mais aussi de l’envie d’adopter un rythme corporel plus souple et respectueux.

 

La façon dont les femmes prennent en main leur apparence serait-elle alors influencée par leur sociabilité et le regard d’autrui ? Pas seulement. « Avant un rendez-vous important, avant de passer une soirée en amoureux, avant d’aller à la plage, avant les vacances… les hommes de mon entourage ne réalisent pas à quel point je me prends la tête pour être toujours épilée au bon moment », regrette Louise, 26 ans. Même constat pour Aurélie, 40 ans, qui confie : « Dans mon sac, j’ai toujours un rasoir jetable ! Cela m’est déjà arrivé de faire une retouche dans les toilettes du bureau. Pas très hygiénique, mais ça m’évitait les réflexions désobligeantes. » Les femmes en auraient-elles simplement assez de cette « pression à l’épilation » ? Là encore, la réponse est nuancée. Si ces dernières années le « No Shave » s’est popularisé, sa pratique n’en reste pas moins socialement dérangeante et peu assumée. « Pas féminins », « pas hygiéniques », « pas jolis » … les critiques à l’encontre des poils sont telles que certaines sont prêtes à user de tous les moyens pour s’en débarrasser. Fussent-ils douloureux ou extrêmement onéreux. La plupart des femmes à qui nous avons posé la question nous ont presque toutes apporté la même réponse : elles se sentiraient sales ou auraient honte.

 

Au fil de mes différentes lectures, j’ai réalisé que, moi-même, je m’épilais pour me soulager de la pression des autres. Pire, j’éprouvais honteusement – je ne suis pas un monstre – une forme de malaise à l’égard de celles qui tentaient l’expérience. Et puis je me suis souvenue qu’en réalité, dès l’adolescence, on ne nous laisse pas d’autre choix que de nous épiler. On nous l’impose comme une étape incontournable du début de la puberté. Nous sommes conditionnées par une pression masculine mais aussi féminine énorme.

 

Mais alors jouerions-nous nous-même un rôle décisif dans les inégalités de genre ? L’étude le confirme. L’injonction au glabre reste bien plus forte du côté du genre féminin. 72 % d’entre elles préfèrent l’épilation du maillot, partielle ou intégrale, et l’épilation totale est pratiquée par 24 % d’entre elles. Toutes ne reposent donc pas sur le désir masculin ! Contrairement à certaines idées reçues – 73 % des femmes pensent devoir s’épiler pour séduire –, le maintien d’une forte pilosité n’est pas un frein au désir sexuel masculin. 70 % des hommes hétérosexuels ou bisexuels se disent « disposés à avoir un rapport sexuel » avec une femme dont les poils ne sont ni coupés, ni entretenus. 84 % d’entre eux avec une femme ayant des poils pubiens « taillés et entretenus mais assez denses ». Alors pourquoi la peau glabre serait-elle l’unique modèle ? Dans les années 80, les pubis et les aisselles poilus des femmes ne choquaient personne. Sans pour autant bannir totalement épilateur, rasoir et autres cires, l’émergence des mouvements qui « célèbrent » les poils comme #Januhairy, #Hairylegsclub, #LesPrincessesOntDesPoils, #BodyHairDay… nous fait entrevoir qu’il est peut-être temps d’envisager un monde où nous n’aurions pas besoin de répondre par devoir aux diktats esthétiques de la société pour être acceptées.

 

Et les hommes, dans tout ça ?

Les hommes, eux aussi, ôtent leurs poils. 44 % épilent leur maillot, 43 % leurs aisselles, 21 % leur sillon inter-fessier (vs 33 % des femmes), 10 % leurs bras et 9 % leurs jambes ou demi-jambes. Toutefois, des différences vertigineuses existent entre les femmes et les hommes concernant la fréquence de l’épilation. Seul un homme sur 10 s’épile au moins une fois par semaine les aisselles (contre 45 % des femmes) ou le maillot (contre 28 % des femmes).

 

Étude Ifop pour Charles.co réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 18 au 21 décembre 2020 et du 19 au 20 janvier 2021 auprès d’un échantillon de 2 027 personnes, représentatif de la population âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine.

Texte Marie GINESTE